Retour d’un participant — Région Hauts-de-France, 14 octobre 2026
Par Robin LUO, fondateur d’Indus2Green
Indus2Green — Made With China, Managed by European Standards.
L’Investor Day 6, ou l’état des lieux d’un territoire
J’ai assisté, le 14 octobre 2026, à la sixième édition de l’Investor Day de la Région Hauts-de-France, au siège régional. Autour de la table : entreprises internationales, dirigeants industriels et experts des relations économiques.
L’exercice n’était pas de communiquer sur des intentions, mais de mesurer où en est réellement le territoire — et ce qu’il reste à construire. Trois idées sont revenues dans presque toutes les interventions : anticiper les besoins, développer les compétences, renforcer la coordination entre acteurs publics et privés. Elles dessinent, en creux, une méthode de réindustrialisation.
1. Un territoire qui a changé de visage — et qui attire
La région a connu des difficultés industrielles lourdes avant de se transformer au point de devenir un territoire pleinement intégré aux dynamiques européennes. C’est l’un des messages centraux de la journée : les investissements étrangers y sont présentés comme un moteur direct de création d’emplois et de développement territorial.
Et les projets ne relèvent plus de l’annonce : ils ont des sites, des calendriers et des partenaires industriels.
Intelligence artificielle et data centers. SoftBank a engagé en France un investissement allant jusqu’à 75 milliards d’euros, dont une première phase de 45 milliards pour 3,1 GW de capacité de data centers dédiés à l’IA dans les Hauts-de-France. Trois sites sont identifiés — Dunkerque (Loon-Plage), Bosquel et Bouchain, sur une ancienne centrale thermique EDF. Le projet s’accompagne d’un cluster industriel au port de Dunkerque avec Schneider Electric, pour assembler des modules d’alimentation préfabriqués, ainsi que d’une ambition revendiquée : faire du territoire un pôle européen de l’IA. Les porteurs du projet évoquent plusieurs milliers d’emplois de construction, près d’un millier d’emplois industriels sur le site Schneider et 300 à 400 postes spécialisés en robotique.
Batteries. Plusieurs gigafactories y sont en production ou en montée en cadence — notamment AESC à Douai et ACC à Douvrin — et d’autres projets sont engagés à Dunkerque. C’est la « batterie valley » française.
Décarbonation et industrie de base. Une technologie française de ciment bas carbone, fondée sur l’utilisation de coproduits industriels, dispose sur le territoire d’un site logistiquement bien placé, avec une partie de la production destinée à l’exportation.
Agroalimentaire. McCain, présent en France depuis 1981, a annoncé un programme d’investissement de 300 millions d’euros dans ses sites français — la coopération avec les agriculteurs et les sous-traitants étant présentée comme la condition de la réussite.
Logistique. Le canal Seine-Nord Europe est cité comme levier de développement territorial durable.
Les secteurs qualifiés de porteurs sont l’électricité, la transition énergétique, le numérique et l’intelligence artificielle. Le sujet n’est donc plus de savoir si le territoire attire, mais s’il parvient à suivre le rythme de ce qu’il attire.
2. L’attractivité ne se décrète pas
Sur ce point, les intervenants étaient convergents : l’attractivité française repose sur cinq piliers — la stabilité réglementaire et fiscale, la qualité des compétences, des infrastructures adaptées, une politique industrielle cohérente et la qualité du dialogue entre pouvoirs publics et entreprises.
Deux nuances méritent d’être retenues. D’abord, la continuité des politiques publiques compte presque autant que leur contenu : un investissement industriel se décide à dix ans, pas à trois. Ensuite, les aides de l’État et de la Région sont jugées déterminantes pour accélérer les projets — et l’adaptation des normes est présentée comme une condition de la décarbonation industrielle.
Le consensus porte aussi sur un point sensible : le recrutement externe ne suffira pas. Les équipes déjà en place devront être formées, ce qui suppose des partenariats durables avec les universités, les écoles d’ingénieurs et les acteurs industriels.
3. Dépendances : le fil qui traverse tout le débat
Le contexte géopolitique a occupé une place importante dans les échanges : tensions sino-américaines, guerre en Ukraine, retour du protectionnisme, remise en cause des règles commerciales internationales.
Dans ce cadre, un constat est posé sans détour. La Chine est décrite à la fois comme un concurrent industriel majeur, un partenaire commercial incontournable et une source de dépendances pour l’Europe. Et la dépendance excessive à un seul partenaire est identifiée comme un facteur de fragilité : elle limite la capacité de décision stratégique et de développement technologique.
Les orientations proposées sont de trois ordres : diversifier les approvisionnements, préserver les compétences stratégiques, agir de manière plus coordonnée au niveau européen — y compris en définissant des secteurs prioritaires et en défendant les intérêts européens, notamment dans le débat sur les déséquilibres commerciaux, tout en maintenant le dialogue.
Sur les batteries, ces dépendances se traduisent en difficultés très concrètes : des coûts de construction et d’investissement plus élevés en France, une forte dépendance aux matières premières et aux composants venus d’Asie, des exigences fortes de qualité et de certification, un manque de compétences spécialisées et des délais longs pour qualifier composants et fournisseurs.
4. Le chantier réel : la montée en cadence
Une intervention plus opérationnelle a servi de rappel de réalité. Une usine récemment achevée ne fonctionne encore qu’à une partie de sa capacité nominale : la montée en cadence dépend moins des machines que de la formation des équipes — recrutement externe insuffisant, compétences rares localement, recours ponctuel à des experts étrangers, difficultés opérationnelles à résoudre. Des chiffres ont été avancés dans la salle ; je ne les reprends pas ici, faute de confirmation.
C’est le point que le débat public aborde le moins, alors qu’il décide de la réussite : entre le plan et la production, il y a un travail d’industrialisation, de process et de transmission. C’est un sujet d’exécution, pas d’ambition.
5. L’interface : un maillon discret, mais décisif
Une conclusion me paraît partagée par les projets qui réussissent. Aucune chaîne de valeur ne devient locale en un jour : une partie des équipements, des composants et des matières premières continue de venir d’Asie, avec des cycles de qualification longs. Dans ce paysage, la qualité de l’interface entre le donneur d’ordre européen et les capacités de production asiatiques devient un facteur de compétitivité — et un point de sécurité industrielle.
C’est le terrain sur lequel nous travaillons. Indus2Green, basée à Saint-Quentin, accompagne des industriels européens sur cette jonction entre exigences européennes et fabrication asiatique, et contribue ainsi à ce que les projets industriels de la région tiennent leurs délais :
- un contrôle qualité de niveau automobile (IATF 16949) intégré au processus de fabrication, plutôt qu’une inspection en fin de chaîne ;
- la prise en compte des exigences européennes dès la conception : marquage CE, réglementation européenne sur les batteries, REACH ;
- une interface trilingue et un support technique de proximité, pour que les équipes françaises gagnent en autonomie plutôt qu’en dépendance ;
- la formation des techniciens sur les équipements, en français.
Notre expérience est celle d’un ingénieur français passé par vingt ans d’industrie automobile en Europe, dont plusieurs années au contact direct des projets industriels des Hauts-de-France et des chaînes d’approvisionnement asiatiques. Nous ne prétendons pas remplacer l’effort de réindustrialisation : il est public, financé, et il engage des acteurs qui ont les moyens d’aboutir. Nous intervenons sur un maillon plus modeste — celui qui fait qu’un projet livré se transforme, ou non, en usine qui produit.
Ce que je retiens
- Les Hauts-de-France ne manquent pas de projets industriels : IA et data centers, batteries, décarbonation, agroalimentaire, logistique.
- L’attractivité y repose moins sur les incitations que sur la stabilité, les compétences, les infrastructures et la qualité du dialogue public-privé.
- La question des dépendances — et de leur nécessaire diversification — est désormais au cœur des politiques industrielles, sans rupture du dialogue commercial.
- Le vrai goulot d’étranglement est la montée en cadence : formation, industrialisation, fiabilité des chaînes d’approvisionnement.
Échanger
Si vous travaillez sur un projet industriel en Hauts-de-France — ou sur la sécurisation d’une chaîne d’approvisionnement en équipements et composants — nous serions heureux d’en discuter.
www.indus2green.com
Saint-Quentin, Hauts-de-France, France
robin.luo@indus2green.com
Indus2Green — Made With China, Managed by European Standards.
L’excellence industrielle chinoise, la rigueur européenne en plus.
Retour d’un participant à l’Investor Day 6 de la Région Hauts-de-France (14 octobre 2026). Les chiffres publics cités proviennent des informations publiées par les porteurs de projets.

